La tradition des marchés de Noël et des décorations pour les fêtes de Noël sont très vivaces en Alsace. Découvrez ici, comment se sont installées ces coutumes.

Le sapin et son décor

Les Romains décoraient leurs maisons de branches pour honorer le Dieu Janus (dieu des commencements et des fins) au solstice d’hiver.
L’église médiévale essaya de récupérer cette habitude païenne afin de fédérer des nouveaux fidèles : des sapins furent donc installés dans les chœurs ou les parvis des églises. Petit à petit, la tradition s’est généralisée dans les salles communales ou les salles des corporations.

Même si la ville de Sélestat revendique posséder en ses registres la première mention relative au sapin de noël, la toute première trace écrite trouvée jusqu’alors serait la suivante : « En 1419, la confrérie des garçons boulangers de la ville de Fribourg avait dressé dans la salle de réunion de l’hôpital du Saint-Esprit un grand arbre de Noël […] On avait le droit de secouer cet arbre garni de sucreries, et les pauvres pouvaient ramasser fruits et friandises ».
Ce sont les enfants des magistrats, les conseillers de la Ville et les employés municipaux qui secouaient les arbres décorés d’hosties et de pommes rouges. La pomme faisait référence au péché originel d’Adam et d’Eve ; l’hostie non consacrée, appelée oublie, figurait la rédemption apportée par le sacrifice de Jésus.

On trouverait ensuite trace écrite de la coutume du sapin de noël dans d’autres villages alsaciens et en 1492, dans le livre de comptes de la cathédrale de Strasbourg, on peut lire que l’église a acheté neuf sapins pour noël. Par contre, ce que nous apprend bien en exclusivité le registre des comptes de la ville de Sélestat datant de 1521, c’est que cette coutume n’est plus seulement le fait des églises et instances communales ou corporatistes, mais que de plus en plus de particuliers eux-aussi installent un arbre dans leur foyer. En effet, on peut lire “… de même 4 schillings aux gardes forestiers pour surveiller les mais à partir de la Saint Thomas” (le mai est un arbre décoré qui est érigé pour célébrer un événement ou une personne ; la St-Thomas est fêtée à l’époque le 21 décembre en même temps que le solstice d’hiver et était le jour à partir duquel on avait le droit de couper les sapins de noël). La coutume se généralise de plus en plus et dès 1555, une ville comme Sélestat essaye déjà de canaliser la pratique afin d’éviter les abus, les gardes forestiers sont désormais payés pour surveiller les arbres et réguler les coupes.

Au début, les sapins sont accrochés au plafond à cause des rongeurs, puis très vite ils trônent dans un petit enclos.
Très vite des décorations supplémentaires agrémentent les sapins en plus des pommes et des oublies. Ainsi un linteau en pierre d’une porte à Turckheim datant de 1576 est décoré par un sapin gravé décoré de bretzels. Des petites décorations brillantes en métal doré sont ajoutées aussi au décor classique puis au 17ème s. les protestant amènent des décors en papier fleuris (référence au « rameau fleuri de
 Jessé »). Avec le temps la référence religieuse s’efface : les pommes sont remplacées par des friandises rondes (noix fourrées) et les oublies par des pains d’épices et des bredeles (petits gâteaux alsaciens). Au 18ème s., les gâteaux et pains d’épices sont décorés de dessins imprimés sur papier ou dans la pâte. Au 19ème s., des anges, des pommes de pain, des étoiles s’ajoutent aux branches qui commencent à être éclairées de bougies.

En 1847, en Allemagne dans la région de Thuringe, dans le petit village de Lauscha, un pauvre souffleur de verre qui ne pouvait se permettre de décorer son arbre de noël avec des noix et des pommes, eut l’idée de créer lui-même des boules de couleur en verre pour son sapin. La boule de noël était née… et son succès ne se fit pas attendre : l’année suivante, son livre de compte indique pour la première fois une commande de six douzaines de boules de Noël de tailles différentes. Les boules furent rapidement agrémentées de décors peints à la main. En France, en 1858, dans les Vosges, un artisan verrier de Goetzenbruck près de Meisenthal, décida lui aussi d’imiter ce que la nature n’avait pas donné cette année-là et créa des pommes en verre pour son arbre de noël. La tradition perdure aujourd’hui avec le centre international d’art verrier de Meisenthal et ses collections de boules soufflées.
Au 20ème s. on ajoute à l’arbre des cheveux d’ange, progressivement remplacés par des guirlandes brillantes.

En Alsace, il n’y a pas de famille, si pauvre qu’elle soit, qui n’ait son arbre de Noël. Quand un Alsacien émigre, il emporte la coutume héréditaire avec ses pénates. On l’a retrouvée dans les placers boueux de Californie, dans les sables du Sahara, dans les tranchées de Sébastopol, si bien qu’on a pu dire : « Là où est une famille alsacienne, là est un arbre de noël ». (Louis-Eugène Seinguerlet, Histoire de Strasbourg, 1876)

Le roi Janus (dieu des commencements et des fins) • Sebastian Münster, 1550 • British museum

Le registre de la ville de Sélestat • 1521

Sapin suspendu • Benjamin Zix, 1816

Noël chez le menuisier (sapin avec palissade) • Anonyme, 1840 • Musées de Strasbourg

Boule de noël en forme de pomme • Centre international d’art verrier de Meisenthal

Les marchés de noël

La tradition du marché de noël est lié à la fête de Saint-Nicolas : En Alsace, la population avait l’habitude depuis le moyen-âge de célébrer la Saint-Nicolas le 6 décembre avec un marché au pied de la cathédrale le “Klausmärik”. Mais, en 1570, l’église protestante (dont la réforme fut adoptée par la ville en 1525) refuse que soit confié au personnage de Saint-Nicolas le rôle valorisant de donateur et souhaite confier symboliquement cette mission au Christ, sous la forme de l’enfant Jésus.
A Strasbourg, le marché de Saint-Nicolas disparait donc du parvis de la cathédrale, pour se déplacer fin décembre sur la grande place proche (actuellement place Broglie) : il est rebaptisé “Christkindelsmärik” (“marché de l’enfant Christ”). On y trouvait des marchands de fruits, de jouets, de bougies, de tissus, de pain d’épices et sucreries pour fêter noël, mais aussi des articles plus variés car ce marché important était une occasion de commercer unique et est devenu très vite une grande foire annuelle.

Un nouveau personnage voit le jour au fil des ans : Christkindel. Sans doute un peu inspiré de Sainte Lucie fêtée dans les pays scandinaves le 23 décembre, il est personnifié par une jeune fille vêtue de blanc portant une couronne de bougies et une baguette étoilée.
Christkindel était accompagnée d’un personnage antagoniste à son rôle de bienfaitrice de Noël : Hans Trapp. Menaçant d’enlever les enfants désobéissants, il aurait été inspiré par un seigneur (Hans von Trotha) qui a terrorisé la région de Wissembourg à cette époque… Aux côtés de Christkindel qui distribuait des douceurs et cadeaux, il demandait aux enfants de réciter une poésie ou une prière ; si les enfants ne le savaient pas, il les fouettait ou leur offrait un martinet… Au fil des siècles et avec le retour de la fête de Saint-Nicolas en Alsace, il devient le père fouettard. Le personnage de Saint-Nicolas a été exporté au 17ème s. par les hollandais en Nouvelle-Amsterdam (aujourd’hui New-York). Sint Niclaes ou Sinterclaes devient par déformation « Santa Claus ».
Aujourd’hui en Alsace, Saint-Nicolas n’a plus son marché mais il est toujours fêté le 6 décembre : ce personnage vient sur son âne apporter aux enfants sages des mandarines et des brioches de la forme de la crosse de Saint-Nicolas (les Schnakalas, traduisez “petits escargots” surtout dans le sud du Haut-Rhin) ou le plus généralement en forme de petits bonhommes (les mannele dans le Bas-Rhin ou mannalas dans le Haut-rhin).

La couronne de l’avent se généralise entre le 19ème et le 20ème s. en Allemagne et en Alsace : elle rappelle la couronne que porte Christkindel. Les protestants, les catholiques et les non-croyants se sont tous appropriés cette coutume en y trouvant chacun une symbolique liée à leurs croyances.
Christkindel et Saint-Nicolas se fondant un peu l’un avec l’autre tant sur le timing de la fête que sur leurs rôles, les alsaciens ont résolu la question : la fête durera tout le mois de décembre !!!!
Les marchés de noël se sont généralisés dans toutes les grandes villes et les petits villages traditionnels. Ils sont présents dès la fin du mois de novembre, la plupart du temps jusqu’à noël mais parfois jusqu’au 30 décembre. Parfois ils ne restent ouverts que le temps d’un week-end dans les plus petites communes.

Aujourd’hui, la fête de noël est très populaire en Alsace. Strasbourg se revendique “capitale de noël” et les illuminations et les marchés font parti d’une stratégie touristique et commerciale au moins aussi importante que l’envie de perpétuer une tradition populaire festive. L’esprit de noël (dont l’origine est attribué à Dickens et son “conte de noël” au 19ème s.) revendique le partage entre pauvres et riches, la compassion, le droit au bonheur, la famille réunie et l’ambiance magique. La fête met cependant en lumière combien il est difficile pour certains d’accéder à cet esprit de noël, et éclaire sous un jour souvent peu flatteur l’état de notre société et ses inégalités. Incitant à la surenchère et à l’hyper consommation, notre société a parfois perdu cet esprit de noël.
C’est pourquoi Strasbourg a installé les chalets tenus par des associations caritatives au pied du grand sapin symbole de la fête dans la ville. Depuis quelques années, se tient aussi un marché de noël OFF qui offre un mode de consommation qui fait sens : recyclage, échange, créations dans une ambiance différente, solidaire, bio et équitable. On espère que dans quelques années, cette pratique de consommation soit tellement commune et adoptée que le marché off sera fondu dans l’ensemble de la fête !

Découvrez dans notre article une sélection de quelques marchés de noël à voir en Alsace.

Saint-Nicolas et son âne

Christkindel et Hans Trapp • T. Schuler, 1858

Saint-Nicolas et le Père Fouettard

Rossfeld en 1950

Schnakalas et Manalas ou Manele • ©T. Itty

Entrée du Christkindelsmärik • © tangopaso

Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg à Noël

Dans cet autre article, découvrez notre proposition d’itinéraire pour découvrir Strasbourg et ses marchés.

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